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Carlo Bordini

Poussière / Polvere suivi de La simplicité.
Danger / Pericolo


Poussière / Polvere
suivi de La simplicité.
alidades, collection ’Bilingues’, traduction et présentation d'Olivier Favier
12,5 x 21 cm, 48 pages, cahier, 5,50 €, ISBN 978-2-906266-75-9

Polvere est un poème étonnant où l'expérience intime rencontre en un permanent va-et-vient l'infini des choses, dans une manière de prolongement plus lucide que tragique. Il y a quelque chose d'extrême oriental dans cette façon de lier en miroir le macrocosme et le microcosme, de ménager la fulgurance des passages, de débusquer la parenté de la matière du monde et de la matière vécue. Cela, Carlo Bordini le fait dans une langue quasiment minérale, en une manière d'oralité qui est comme de la pensée en train de naître et de prendre corps – une parole qui serait elle-même matière.

Auteur de nombreux recueils de poèmes, de plusieurs essais, d'un roman, Carlo Bordini est né à Rome en 1938. Enseignant chercheur au département d'Histoire de l'Université de Rome La Sapienza, il s'est spécialisé dans l'histoire de l'amour et de la famille au dix-huitième siècle.

"Ce long poème interroge. Qu’est-ce que la vie ? Qu’est-ce que vivre ? Comment partager cet émerveillement ? Ces plaisirs des sens ? Une méditation simple et tranquille, avec un léger sourire amusé…
Un long poème ; un bel homme !"

Patrick Joquel


Extrait :

(...)
Vie artificielle ; comment peut être artificielle
une nouvelle vie ? Si la pierre n’existe plus, ou si elle n’a jamais été,
est-ce que ce n’est pas bien d’être de plâtre, comme les morts de Pompéi ?
Éternellement ? Peut-être...
Un archéologue rusé a pompé le plâtre des enveloppes
laissées par les lapilli et la lave, où s’étaient
consumés les corps des fuyards de Pompéi. Le plâtre
a repris les formes originaires, approximativement, dans tout
ce qu’elles avaient de tendre. Ils semblent dormir, au repos, un peu
délavés. Un peu déteints. Ma vie artificielle n’est-elle pas, –
déteinte – ce qu’elle aurait pu être ? N’est-elle pas, au repos,
informe, ce qu’elle aurait pu être dans sa
jeunesse, dans son état naturel ? Tout, peut-être,
n’a-t-il pas été
récupéré ? L’essentiel n’en est-il pas
resté ? Ne puis-je pas faire, de plâtre,
ce que je n’ai pas fait avant ?
Tout cela n’est-il pas beau ? Y a-t-il quelque chose
d’illégitime ? Le plâtre n’est-il pas,
peut-être,
une création humaine ?
Humble, plâtre, fait de poussière compacte.
Sommes-nous
monument de nous-mêmes ?
Fragile monument, dans les jardins publics, que
quelqu’un
peut aller voir. N’est-ce pas la vie ? Dans son
humilité,
n’est-elle pas grandiloquente ? À villa borghese,
les bustes de notre dix-neuvième siècle regardent, crépusculaires,
non sans une certaine dignité.
Et toi, tu veux rester près de moi ?
Je suis fait de bon plâtre ;
je me suis fait tout seul.
Toi qui a coupé tes enfants,
tu aimes les femmes – d'un amour
stérile.
(...)


Danger / Pericolo
alidades, collection ’Bilingues’, traduction d'Olivier Favier
12,5 x 21 cm, 56 pages, cahier, 7,00 €, ISBN 978-2-906266-94-0

Cette traduction paraît en France dans la foulée de la publication en Italie de l'œuvre poétique complet de Carlo Bordini, et au moment où un dossier lui est consacré dans la prestigieuse revue EUROPE. C'est dire que Bordini fait partie des quelques uns, intraitables, exigents, indépendants et sans concession, dont l'écriture compte aujourd'hui, traçant une voie qui refuse tout autant l'aridité formaliste que le retour à un lyrisme de convention vaguement ésotérique. Il est difficile d'écrire dans son temps, avec et contre lui, et surtout de le faire "en poésie". Peu y parviennent, dont Bordini, qui réaffirme avec Pericolo son choix de la narration intime, violente, désabusée et pour ainsi dire tragique (j'ai envie de dire au sens noble et grec du terme), dont le lyrisme s'impose comme malgré l'auteur et s'élabore progressivement dans les dix-neuf séquences du poème. E.M.

Extrait :

(...)
maintenant naissent les bruits arides de la saison de mort
je pense que le printemps menace et je m'aperçois

(feins d'être je me dis en lisant)

lisant la lecture la lettre de la lecture de la lettre
le corps
était la même chose du corps d'avant
mais la lecture de la lettre de la lecture avait créé une limpide suspension
nos corps ne nagent pas

 

noir

 

Maintenant le soir commence l'aride lumière soir

tu restes dans une limpide bulle de verre à écrire l'aride soir

, que faire de notre bienveillance l'un pour l'autre

j'ai écrit des choses en restant dans une chambre.

cette subtile tristesse comme un
fil
d'araignée que tu peux voir
seulement en contrejour
faire un effort pour se souvenir

enterrée dans un printemps

(...)


Voir aussi : entretien avec Carlo Bordini sur le site de altriitaliani.


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