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Guadalupe Grande


Métier de chrysalide / Oficio de crisálida
poèmes traduits de l'espagnol par Dorothée Suarez & Juliette Gheerbrant
présentation de Carlo Bordini. Dessin de couverture : Moon In-Young.

Bilingue, 44 pages, ISBN 978-2-906266-92-6. Dépôt légal : mai 2010. 5,50 €


 

grande "Lire les poèmes de Guadalupe Grande c'est comme regarder la vitrine d'un grand orfèvre, car il y a en effet quelque chose du joyau dans ces poèmes, tout est net, tragiquement et dramatiquement net, tout est en parfait équilibre. Dans chaque poème le drame s'accomplit sans bavure, sans insinuation en demi-ton, sans dièse ni accords mineurs ; un style poétique ferme et fixe comme les yeux de la Méduse." Carlo Bordini

 

Méditations dans l'antichambre

Liverpool n’existe pas.

Elle le sait, la femme qui s’assied derrière les vitres de l’aéroport pour regarder couler le fleuve Mersey,

un fleuve pareil à la miséricorde mais que les saumons ne remonteront pas, ils n’arriveront pas au ruisseau, ils ne traverseront pas le tunnel de l’ours, ils ne fraieront pas sur l’obéissance aveugle des boussoles.

Parce que Liverpool n’existe pas, la coquille de noix sur laquelle navigue sa dent de lait flotte sur le fleuve Mersey.

Flotte La matriochka, enceinte d’elle-même, elle flotte encore et encore jusqu’à sa dernière poupée, récit minimal de l’enfance, récit infini de la sublimation.

Flotte l’aile de l’albatros et survole la mouette et la cire d’Icare est maintenant rouille dans le limon.
 
De l’autre côté du canal, sur le fleuve Mersey, flotte le scarabée de la vie entre les dents du chat de Cheshire, c’est-à-dire, une feuille sur son ombre, une allumette dans le creux de la flamme, une plume dans la coquille, et sa vie sur un papier sans bouteille.

Peu importe désormais que Liverpool n’existe pas.

Qui a donné une assiette de lait au chat, qui a su voir l’arbre dans l’ombre de la feuille et a su ne pas l'enflammer, et qui recueillera l’encre avec la plume du merle qui un jour a traversé un jardin, qui pour écrire où, pour écrire quoi.

Et flotte le souvenir* africain, splendeur de la pierre aujourd’hui devenue ruine, peau nue en transit qui se change ici en lumineux vertige de vêtements.

Mais c'est ce qu'elle lit aujourd’hui dans le fleuve Mersey, et elle se demande qui a eu pitié des chevilles, qui des pupilles des gnous dans lesquelles vivaient les gazelles, les fleuves qui débordent de leur lit. Celui qui a mis un manteau et a traversé la ville qui n’existe pas.

C’est ce qu’elle regarde aujourd’hui dans le fleuve Mersey. À la fin, tout ce qui n’existe pas forme une carte de l’autre rive.

C’est pourquoi aujourd’hui Liverpool n’existe pas, de l’autre côté de l’eau. De l’autre côté de la vitre.

 

"Du feu sacré d'une consumation à la fois vivante et délétère" Philippe Di Meo, Cahier Critique de Poésie, n° 21.


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