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éditions alidades


Lauzanne


Propositions pour venir à bout de la misère
suivies de
Elements pour un dictionnaire portable
de la démocratie consensuelle

alidades 2002, collection “L'impertinent”, 12,5 x 21 cm, cahier, 36 pages, 4,80 €, ISBN 978-2-906266-53-5

Pour mettre fin à la misère, Swift proposait de manger les enfants, justifications chiffrées à l'appui. Sa méthode n'a pas été suivie, non plus d'ailleurs que d'autres, plus sensées, auxquelles il fait référence, les ayant défendues autant qu'il a été en son pouvoir. En ce début de XXIème siècle, la misère, il s'en faut, ne nous épargne toujours pas, et il est clair que les déclarations pieuses n'ont guère d'autre effet que de jeter sur elle un écran de bons sentiments dont l'hypocrisie ne fait souvent pas de doute. Partant de ce constat, Lauzanne, suivant la même veine d'humour noir qui avait été celle de Swift, propose quelques solutions, notamment que les pauvres, réduits au chômage, et n'ayant donc guère besoin de toutes leurs facultés physiques, vendent au plus offrant les parties d'eux-mêmes qui ne leur sont pas strictement nécessaires pour seulement survivre. Ce recours à l'excès — mais après tout, il ne fait que désigner certaines pratiques déjà bien en cours — n'a rien de cynique ou de gratuit, mais pointe, sur le mode grinçant une certaine logique de l'horreur
.

Extrait :

"Que notre corps soit notre plus grande richesse, c'est indéniable et confirmé par les plus grands philosophes (qu'on lise là-dessus ce qu'a écrit le très judicieux Locke). Or, à tou bien considérer, il apparaît qu'un organisme normalement constitué est plus qu'il n'en faut pour mener une vie inactive. Je ne serai sur ce point contredit par aucun médecin, sinon de mauvaise foi, et d'ailleurs la preuve de ce que j'avance se trouve dans le fait que chacun peut constater que des personnes très diminuées peuvent vivre de fort longues années. Je propose donc qu'on incite les pauvres à se débarasser des organes qui ne sont pas strictement nécessaires à leur survie. Il serait bon, compte-tenu des besoins croissants que nous avons d'organes à greffer, que l'on puisse disposer d'un vaste marché sur lequel chacun pourrait proposer un rein, un poumon, un peu de peau, de mœlle épinière, ou encore un morceau de foie. Or, comme ces denrées ne sauraient être mises sur le marché en nombre infini, on peut être assuré que les cours se maintiendraient en permanence à un niveau correct pour chaque type d'organe. Les statistiques les plus récentes permettent d'affirmer que la demande ne peut aller qu'en s'accroissant. Les progrès de notre médecine permettent en effet d'envisager chaque jour des interventions plus audacieuses, de même, la multiplication des accidents et des catastrophes permet le plus raisonnable optimisme quant au dynamisme de ce marché. On peut par conséquent affirmer, sans prendre beaucoup de risques, que l'organisation à l'échelle du pays tout entier d'un véritable commerce d'organes permettrait d'assurer aux plus pauvres des revenus substanciels, ou même la constitution d'un petit capital à faire fructifier. Mes calculs me permettent d'établir que la vente d'un rein produirait de quoi subvenir aux besoins d'une famille de quatre personnes pendant environ deux mois. Un rein, un poumon, un testicule, donneraient à peu près une année d'une vie assez confortable. Or une famille de quatre personnes dispose d'assez d'organes à céder pour assurer 8 à 10 années d'une existence tout à fait satisfaisante."


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