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éditions alidades


Jonathan Swift

• Description d'une fête irlandaise et autres poèmes (1995)
• Propositions (2002)
• Poèmes satiriques (2011)
• Poèmes pour les marchandes de pommes &.
(2014)


Description d'une fête irlandaise et autres poèmes
bilingue, traduit par Emmanuel Malherbet
alidades 1995, collection «bilingues», 14,5x21 cm, 44 pages, 5,50 €, ISBN 978-2-906266-14-8

Les poèmes de Swift — il y en a à peu près deux cent cinquante — ont été très peu traduits dans notre langue. Il est vrai qu'hormis quelques textes célèbres, Les voyages de Gulliver, Le conte du tonneau, l'œuvre du grand satiriste est généralement mal connue en France. Le présent recueil regroupe des poèmes qui ont pour point commun l'Irlande (mieux vaudrait dire, déjà, la "question irlandaise". On y retrouve bien entendu la veine satirique et toute la capacité d'indignation du doyen de Saint Patrick. Mais le véritable bonheur de ces textes tient dans la vivacité d'un style qui fait de Swift le parent autant d'un Rabelais que d'un Voltaire, tout en préservant cette saine liberté du ton propre à ce que l'on peut appeler la littérature populaire.

Table :
  1. Mangeant toujours...
    (Ever eating)
  2. Description d'une fête irlandaise, traduite presque littéralement de l'original irlandais
    (The Description of an Irish Feast translated almost literally out of the original irish)
  3. Le séjour des damnés
    (The place of the Damned)
  4. Cul par dessus tête, ou Haro sur les juristes en tournée
    (Helter Skelter or, the hue and cry after the attornies, going to ride the circuit)
  5. Nouvelle et excellente balade ou Ce bon doyen anglais doit être pendu pour viol
    (An Excellent New Ballad, or the True English Dean to be Hanged for a Rape)
  6. Chanson nouvelle et excellente sur un pamphlet séditieux
    (An Excellent New Song on a Seditious Pamphlet)
  7. Irlande
    (Ireland)

Extrait :

Description d'une fête irlandaise

(...)
Seigneur, quel spectacle,
Après tant de bonne chère,
Ces gens qui luttent
Au milieu de leurs bières :
Ils se lèvent de la fête,
La cervelle bouillante,
De vingt pouces au moins
La longueur des poignards.
Quels gnons, quelles balafres,
Quel fracas de triques,
Quels coups dans les tripes,
Quelles empoignades et ruades!
Avec des gourdins de chêne,
Bien durcis à la flamme,
Une centaine de têtes cassées,
Une centaine d'estropiés.
Toi, rustre, je n'en démordrai,
Mon père a bâti Lusk,
Le château de Slane,
Et Carrickdrmrusk :
Le comte de Kildare,
Et Moynalta son frère,
Si grands qu'ils soient,
Leur mère m'a élevé.
Demande. La vieille dame
Dira qui est qui,
Et jusqu'à Adam,
Elle sait la vérité.
Amène-toi, prends cette poutre
Si les gourdins manquent,
Un ramponneau dans les choses,
Ou ma botte au cul.

1720

 

¦

Propositions
traduites par Emmanuel Malherbet
Réédition de l'Humble Proposition, suivie de la Proposition pour la généralisation des produits irlandais dans l'ameublement et l'habillement (1720)
alidades 2002, "L'impertinent", 14,5 x 21 cm, 32 pages, 4.75 €, ISBN 978-2-906266-47-6

Manger les enfants, en faire le commerce à l'échelle de l'Irlande, tel est le thème de cette satire où l'humour le plus noir se met au service de la révolte de Swift face à la misère qui règne sur tout le royaume...

Extrait :

Un homme très estimable, véritable ami de sa patrie, et de qui j'estime au plus haut les vertus, a eu il y a peu l'amabilité, alors que nous discutions cette question, de proposer une amélioration à mon plan. De nombreux gentilshommes de ce Royaume ayant décimé leur gibier, il concevait que le manque de venaison pourrait être suppléé par de jeunes garçons et filles dont l'âge n'excéderait pas quatorze ans ni ne serait inférieur à douze, tant ils sont nombreux, dans tous les comtés, garçons ou filles, sur le point de mourir de faim faute de travail et de trouver à se placer. Et de ceux-là, les parents, ou l'entourage le plus proche, sont prêts à se débarasser. Mais avec toute la déférence due à un ami si excellent et à un patriote si méritant, je ne peux entrer dans son sentiment. Car pour ce qui est des mâles, ma relation des Amériques m'a assuré sur la foi d'une expérience souvent répétée que leur chair est en général coriace et maigre, ainsi que celle de nos écoliers, en raison d'exercices continus, et son goût désagréable. Quant à les engraisser, cela n'en vaudrait pas le coût. Quant aux femelles, ce serait je crois, à mon humble avis, une perte pour le public, car elles pourraient bientôt devenir elles-mêmes reproductrices. En outre, il n'est pas improbable que certaines personnes à principes viennent à condamner de telles pratiques (quoiqu'en réalité bien injustement) comme étant proches de la cruauté, ce qui, je dois le dire, a toujours représenté pour moi l'objection la plus forte à un projet, si bonnes qu'en aient été les intentions.

¦

Poèmes satiriques
traduits par Emmanuel Malherbet
alidades 2011 , bilingue, 12,5 x 21 cm, 44 pages, 5,50 €, ISBN 978-2-919376-05-61

Les poèmes de Swift constituent la partie la moins connue de son œuvre. Ils en représentent pourtant une part considérable, et sont pour le Doyen de Saint Patrick, autant que pour les plus grands écrivains de son temps, un mode d'expression naturel, très apprécié du public.
Les textes présentés ici sont d'un satiriste et d'un moraliste (l'un ne va guère sans l'autre) qui fustige avec jubilation les faiblesses, les bassesses et le ridicule de la nature humaine. Si la leçon porte, nul ne le sait, mais il est sûr qu'on y prendra plaisir.
Ce recueil reprend, dans une traduction entièrement revue, l'ensemble des textes publiés en 1998 sous le même titre par les éditions Cazimi.

Table :

  1. Les Bêtes se confessent au prêtre / The Beasts' Confession to the Priest
  2. Fable de la veuve et de son chat / A Fable of the Widow and Her Cat
  3. L'éléphant ou le parlemantaire / The Elephant or the Parliament Man
  4. Le chien et le voleur / The Dog and the Thief
  5. Le doyen et le duc / The Dean and the Duke
  6. Comment vit l'auteur / The Authors Manner of Living
  7. À Betty la grisette / To Betty the Grisette
  8. Conseil aux rimailleurs de Grub Street / Advice to the Grub Street Verse-Writers
  9. L'élan poétique / The Progress of Poetry
  10. De la malveillance / On Censure

Extrait :

À Betty la grisette

Reine d’esprit et de beauté, Betty,
Que la muse jamais ne t’oublie.
Piaulé comme peau de léopard
Ton visage ravit tous les pâtres!
Tachée de son ta gorge qui s’exhibe
Met l’envie chez toutes les filles:
Conchié des mouches, ce pain de suif,
Ce parchemin où l’encre a jauni;
Cette reinette piquée de moisi,
Au bout de l’hiver toute flétrie.

Voilà, c’en est fait de ta beauté,
Ton esprit sans égal me reste à chanter.

Un fatras de phrases toutes faites
Emplissent ta bouche sans cesse.
Et ta mémoire est toute farcie
De tirades délaissées, servies
Par bribes, de traits, plaisanteries,
Bons à n’importe qui:
Lambeaux d’esprit, poèmes idiots,
Sortis mille fois hors de propos.
À de tels cadeaux vas-tu regarder,
Qu’à servir on ne peut empirer?
Au théâtre, dans les plus hauts rangs,
Tu piques l’esprit des étudiants
Au poulailler, où les nymphes d’Irlande
Vont apprendre comme on raille en Irlande.
Tes seuls mérites: tes défauts;
De la fange – tout l’esprit qu’il te faut.

(...)

 

¦

Poèmes pour les marchandes de pommes &.
traduits par Emmanuel Malherbet
Alidades 2014, bilingue. ISBN 978-2-919376-30-8 • 36 pages •5,00 €

Cris du marché, poèmes-graffitis gravés sur les vitres des auberges, ironie mordante, ronchonnements amusés et mauvaise foi, mais aussi attention extrême à ce qui fait l'épaisseur du monde, la poésie de Swift, toujours malicieuse et jubilatoire, est protéiforme. Langue verte, langue vive, souci de la musique des mots et de la vision qui touche. Ce recueil, semblable à une promenade par les rues de la ville ou les chemins de la campagne, est souvent porteur d'une très discrète tendresse. Il comprend en outre les deux grands poèmes lyriques, de grand souffle et grande modernité que sont Description d'un orage sur la ville et Description du matin.
Cette édition reprend, avec quelques modifications de la traduction et en y ajoutant quelques poèmes, celle donnée par les Éditions de l'Arbre en 2008.

"C'est sûr, l'église et le clergé d'ici
Sont de bien proches parents
Tous deux loin des intempéries
Et tous deux vides en dedans
."

Description du matin

C’est l’heure où ci et là on voit tout juste un fiacre,
Signe qu’approche l’aurore qui rougeoie.
C’est l’heure où du lit du maître Betty s’échappe
Et va sans bruit déranger ses draps.
L’arpète en loques à la porte du patron
A raclé la boue, aspergé le sol en rond.
C’est l’heure où Moll en artiste fait danser la brosse,
Toute prête pour l’entrée les escaliers qu’elle frotte.
D’un trognon de balai, voilà un gars qui fouille
Le caniveau, où les roues font des trous1.
Et l’on entend, bas et rythmé, le cri du charbonnier,
Puis plus aigu «cheminées, cheminées à ramoner».
À la porte du Lord déjà la troupe des créanciers;
Par toute la rue, Moll Rougedebrique2 a braillé.
C’est l’heure où le geôlier voit son troupeau revenir,
Libéré la nuit contre pourboires de rapine.
Les baillis vigilants prennent leur faction muette;
Les écoliers traînent, avec à la main leur serviette.


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